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Ilywln

Karazhan ou la fin des trois

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[HRP] J'ai voulu écrire sur Karazhan, car j'estime que c'est l'un des lieux les plus intéressants et mystérieux de WoW. J'ai décidé de raconter l'histoire des 3 mages fantômes qui sont restés piégés dans la tour, Wravien, Gradav et Kamsis, que les quêtes de L'Oeil Pourpre nous demandent de retrouver.
J'espère que ça vous plaira ! [HRP OFF]


Chapitre I : Gradav, le démonologue.

 

« Karazhan. Sans doute le lieu le plus hanté d’Azeroth. Certains dans le collège des hauts membres du Kirin Tor y voient une origine démonique à ça, le dernier gardien de Tirisfall ayant été possédé dans le ventre de sa mère par le titan noir lui-même. J’ai été mandaté par ces incompétents pleurnichards du Cercle Pourpre pour voir de quoi il en retourne.
Le titan noir. Sargeras. Le démon suprême, l’être le plus puissant de tout l’univers. J’en frémis d’excitation rien que d’y penser ! »

Gradav- Journal Personnel.

 

L’homme qui buvait sa bière sur une table solitaire n’avait décidément pas l’air commode, pensa l’aubergiste Farley, en astiquant ses choppes, comme d’habitude. Depuis son arrivée ici, malgré l’animation de la taverne ce soir-là, Farley n’avait vu l’homme ouvrir la bouche que trois fois. Phrases courtes, comme si son propriétaire était avare de ses mots.

La première pour lui demander une bière et un repas chaud. La seconde pour demander aux nains ivres et bruyants qui faisant partie du mobilier de sa taverne de la fermer. Et la dernière...il n’avait pas entendu, mais les nains ne s’exécutant pas et l’injuriant, il était allé murmurer à l’oreille du nain le plus gros et bruyant. L’aubergiste n’avait pas entendu ce que l’homme lui avait murmuré à l’oreille, mais ce qui était sûr, c’est que maintenant, ils ne faisaient plus de bruit. Ils murmuraient presque, renfoncés dans leurs sièges. Dans le coin de la taverne le plus éloigné de la table de l’homme.

Farley regarda de nouveau l’homme assit à l’autre bout de la taverne en frémissant. Haute taille, maigre, habillé d’une robe de voyage violette. Cape de voyage brodée et ornées de runes, cagoule mystique ne dévoilant que la moitié basse de son visage, sèche et anguleuse comme un canyon. Un chat noir domestique se léchant distraitement la patte sous la table suivant de l’œil le moindre mouvement des clients de la taverne.

N’importe quel personnes classique penseraient « Ouais, c’est un mage, quoi ! ». Oui. Mais non. Pas un mage. Les mages sont polis, sages, offrent des gâteaux invoqués aux enfants qui viennent trainer là. Et surtout, les mages ne sont pas si...inquiétants.

Pendant qu’il réfléchissait, il vit la capuche de l’homme se tourner vers lui, ses yeux toujours désagréablement cachés sous sa capuche, comme des krakens dans les abysses. Mal à l’aise, l’aubergiste baissa les yeux et se rendit compte que depuis 5 minutes il astiquait la même choppe.

A l’autre bout de la taverne, Gradav soupira encore et regarda encore la hauteur de la lune par la fenêtre. Ses incapables d’équipiers étaient en retard. Il l’avait pourtant dit, il n’aimait pas travailler autrement que tout seul, mais il avait fallu que ses supérieurs hiérarchiques du Haut conseil lui flanquent dans les pattes deux mages, un invocateur et un mage de bataille. Il n’avait pas retenu leurs noms, ça n’avait strictement aucune importance.

La dernière fois qu’il avait eu des équipiers, ils avaient eu la mauvaise idée de se mettre devant lui lorsqu’il terminait d’incanter le sort de la Main de Gul’Dan. Deux des soldats qui l’accompagnaient avaient fini carbonisés jusqu’aux os. Il n’en avait pas éprouvé le moindre regret, juste de la colère. Ces incapables l’avait fait rater sa cible et sa mission. Suite à ça, il avait été déclassé et mis au placard.

Les démonologues étaient vraiment mal vus au sein du Kirin Tor. Pourtant, ce soir, ils n’avaient pas hésité à lui confier une mission d’importance, s’il la réussissait, il serait réintégré. Et seul. Et il aimait ça. En attendant, il devait supporte la présence de deux nouveaux guignols...

L’œil pourpre l’avait choisi parce que ce groupe de clampins pathétiques supposait une activité démoniaque dans Karazhan. Il devait en rendre compte en s’y rendant. Et comme les spécialistes des démons ne courraient pas les rues au Kirin Tor, lui Gradav rentrerait dans cette tour.

La porte de la taverne s’ouvrit et une personne entra. Gradav poussa un nouveau soupir et daigna jeter un coup d’œil sur le nouvel arrivant. Ce n’était pas un arrivant, mais une arrivante.

 

Chapitre II : Kamsis, l’invocatrice.

 

« Je viens tout juste de terminer ma thèse comme quoi les perturbations agitant les alentours de Karazhan sont dû à un exceptionnel recoupement de lignes telluriques dans les bases de la tour, sans doute focalisées par des anomalies dimensionnelles dans les étages médians de la tour. J’y ai envoyé un griffon muni de compteurs de mesure d’anomalie faire des mesures, mais il n’est redescendu que mort. Le cœur apparemment broyé.
Fait intéressant : les compteurs encore présents sur le griffon étaient tous bloqués sur la valeur maximum. »

Kamsis : Notes de recherche.

 

C’est dans « Pop » sonore qu’une jeune femme apparut au milieu de Comté de l’or, déserte à cette heure tardive de la nuit. Après avoir remis en état les plis de sa robe de mage violette, remis en ordre son chapeau pointu et ses cheveux platine, Kamsis s’avança vers l’auberge, seul bâtiment encore éclairé à cette heure tardive de la nuit.
C’était une jeune femme d’environ la trentaine, aux traits fins encore marqués par une étonnante fraicheur et avec des yeux observant avec une curiosité étonnée autour d’elle.

En avançant vers l’auberge, lieu de rendez-vous avec le reste de son équipe, elle repensa à sa mission. Elle était fière et excitée, mais à la fois inquiète et méfiante. Ce double sentiment l’agaçait assez, chose rare chez elle.

Elle et deux autres mages, Un du nom de Gradav, l’autre au nom inconnu, allaient s’introduire dans la légendaire Karazhan, la tour du mage le puissant de tous les temps. Leur but ? Comprendre ce qui s’y passe. En effet, de nombreuses choses bizarres s’y passaient.

On prétendait notamment que dans un rayon de plusieurs kilomètres autour de la tour, toute chose vivante était amenée à mourir. Quand elle avait de la chance. Dernièrement, un groupe de nobles locaux avec leurs miliciens et quelques gardes de l’alliance y avaient disparu sans que rien d’eux ne soit retrouvé. Pas même un cadavre.

Elle avait été choisie pour cette mission car elle travaillait depuis longtemps sur la tour. De l’extérieur, bien sûr. Elle allait maintenant devoir confronter ses théories à la réalité.

Arrivée devant la porte de l’auberge de la fierté du lion, elle poussa la porte et entra. A cette heure-là, il n’y avait plus grand monde. Sauf un homme en robe violette et capuche, assis à l’écart. Très sûrement un de ceux qu’elle devait rejoindre.

Elle avança vers lui et s’assit joyeusement à sa table en souriant, pensant à ce qui l’attendait.

-Bonsoir, vous êtes Gradav ? fit-elle.

-Et vous, vous êtes en retard. Et moi, je suis en effet Gradav. Répondit l’homme sèchement.

Kamsis, surprise, mit quelques temps à reprendre le fil de sa conversation. Pendant ce temps-là, l’aubergiste ainsi qu’une poignée de clients parlaient à voix basse en les regardant.

-Oui...J’ai été retardée, j’avais du travail du côté de la vigie pourpre, je travaille sur les nouvelles défenses arcaniques qu’ils vont installer, et...

L’homme en face d’elle la coupa net, avec la voix aussi sèche que les plaines des Tarides :

-Le récit de votre misérable existence ne m’intéresse pas. Venons-en à l’essentiel. Nom, âge, but de votre présence à mes côtés.

Sa capuche cachait à Kamsis le haut du visage de Grave, seul quand il parlait sa bouche et les muscles sous la peau aux traits secs et pointus attenant bougeaient, accentuant encore le malaise quand elle lui parlait, la rendant muette. Avec Gradav, vous ne pouviez pas le regarder dans les yeux. Vous ne pouviez pas regarder non plus l’obscurité couvrant le haut de son visage sans avoir l’impression déplaisante de perdre votre âme.

Devant l’absence de réaction de la jeune femme, l’homme encapuchonné  soupira et claqua des doigts. Le chat noir qu’elle n’avait pas vu sous la table se mis alors à grimper dans un mouvement rapide sur l’épaule de Gradav. Chose qui la sidéra encore plus, le chat noir, après l’avoir regardé de ses yeux verts sembla chuchoter à l’oreille de l’homme qui tendait l’oreille.

Cette action dura quelques secondes avant que le chat ne saute sur la table, et s’assoit devant elle.

-Bon, jeune femme, je crois bien que je perds mon temps avec vous, vous ne m’êtes d’aucune utilité, allez-vous en. Fit-il en se redressant.

Le chat se tourna vers Gradav et sembla grogner légèrement, dans la chape de silence qui avait coulé sur l’atmosphère de la taverne.

Kamsis secoua la tête et se repris :

-Non, je suis Kamsis, invocatrice, j’ai 29 ans, et je suis là pour la mission ! Celle de l’œil.

Gradav sembla la jauger du regard, et d’une voix sans âme, il rétorqua calmement :

-Et qu’est ce qui me prouve que vous n’êtes pas un espion ?

Le chat au pelage noir de jais tourna à nouveau sa tête vers Gradav, et un faible murmure se fit entendre, à la limite de l’imperceptible pour Kamsis.

-Elle ne ment pas, maitre, elle sent l’œil pourpre à plein nez !

Kamsis regarda stupéfaction le chat. Ce dernier du sentir le poids de ses regards dans son dos car il se retourna et fit un clin d’œil à Kamsis.

-Bon, d’accord. Vous n’êtes pas une espionne. Ça m’évitera de devoir vous supprimer, et de perdre un temps précieux en le faisant.

De nouveau Gradav avait parlé d’une voix sans âme, comme si tuer une jeune femme de sang-froid ne le dérangeait pas.

-Attendons donc le dernier des incapables nécessaire à la mission, et nous pourrons y aller.

Kamsis restait bouche bée, chose inhabituelle pour elle, qui d’habitude, réussissait à meubler tout l’espace sonore. Le chat, cet homme, ses paroles...Elle se sentait décidément mal à l’aise avec ce Gradav. Une sensation aussi agréable qu’une stalactite de glace plantée dans le bas du dos.

-Vous vous souvenez du nom du dernier clamp...euh...compagnon qui doit nous rejoindre ? Fit-elle après un long silence.

Gadav la regarda avec un soupir excédé.

-Non. Et je dois bien avouer que ça n’a aucune espèce d’importance pour moi. Si ça ne tenait qu’a moi, je ne serai pas en train d’attendre deux mages traine-ruisseaux dans votre genre !

Kamsis abandonna les tentatives de conversation avec l’homme pour se concentrer sur sa mission. Elle ne comptait plus le temps qui passait quand elle entendit la porte s’ouvrir.

 

III) Wravien, le mage de guerre

 

« J’étais en première année à l’école de magie quand j’ai pour la première fois entendu parler du journal de Moroes, le valet de Medivh à Karazhan, tiré de la tour par Khadgar, l’apprenti du maître. Le journal conte comment le dernier des gardiens, jour après jour sombrait dans la folie. Il raconte aussi comment la tour est devenue jour après jour le repaire des ombres.
Le jour où j’ai lu ce journal, conservé dans la bibliothèque de Dalaran, je n’en ai pas dormi de la nuit. »

Wravien : Les confessions.

 

Côtes du cap de Strangleronce. Nuit.

 

Le troll Gurubashi lança sa hache de jet d’un geste ample et souple, impressionnant de sauvagerie et de puissance. L’arme fonça à toute vitesse vers l’humain qui avait osé attaquer son campement, à lui et les siens. Ce sacrilège devait être puni que d’une façon possible. Dans le sang.
Il savourait déjà le moment où il devrait retirer son tomahawk du corps de sa victime encore agité de spasmes, se battant contre l’inévitable agonie. Il savourait déjà le moment où il l’achèverait en prenant son temps, à l’aide de son coutelas.

Sauf que...la hache s’arrêta à quelques pouces de l’humain dans un éclair violet grésillant avant de revenir à toute vitesse vers le visage de son propriétaire légitime, qui mourut presque instantanément avec un sentiment diffus de trahison dans l’esprit.

Wravien s’épousseta légèrement la robe et alla ramasser sur le cadavre ce pourquoi il avait combattu. Un pendentif doré frappé de l’œil de Dalaran, serti de trois fines améthystes en lieu et place des étoiles du blason de la ville des milles tours.

Ce bijou avait été volé à un courrier du Kirin Tor qui avait disparu en Strangleronce il y a un mois. Selon les dernières constatations de Wravien, envoyé enquêter, le courrier avait très vraisemblablement été torturé, tué et mangé par les trolls.
Wravien soupira en se redressant. Il plaignait déjà l’homme du Kirin Tor qui allait être envoyé à la famille du courrier pour leur expliquer que leur fils s’est fait...manger par...Bref.

Il secoua la tête et regarda la hauteur de la lune. Ce combat lui avait fait rater son rendez-vous. Sans doute pour la mission la plus importante de sa carrière.
Il envoya par un sort le bijou dans le bureau de son supérieur à Dalaran avant de commencer à incanter un sort.

Au bout d’un moment, après un éclair de lumière, le mage disparut du campement troll.

Il apparut devant la porte de l’auberge de Comté de l’or. Il savait de sa mission qu’il allait devoir prendre le commandement d’un petit groupe de mages de haut niveau dans leur discipline respectives pour rentrer dans Karazhan et percer ses mystères. Rien que ça.

Depuis qu’il était tout jeune, il avait toujours rêvé de la tour. Fascinante, mystérieuse et incroyablement puissante. On en disait beaucoup de chose, et même si il ignorait ce qu’il allait trouver derrière ces murs, il était prêt à courir le risque pour satisfaire sa curiosité.

Perdu dans ses pensées, il regarda son reflet dans une vitre éclairée par la lune : Grand, assez bien bâti, une fine barbe sur la pointe du menton de la même couleur que ses cheveux longs retenus par un bandeau et un catogan. Noir comme une nuit sans lune.

Il portait entre autre une fine cicatrice en forme de X sur la paumette droite, résultat malheureux d’une confrontation contre le coin d’un placard de l’université de Dalaran, au département des potions.

Il sourit légèrement en repensant à cet incident passé, et il entra dans la taverne après avoir respiré l’air pur de la nuit.

A partir de maintenant, les choses sérieuses allaient commencer.

Edited by Elyaro
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Chapitre IV : Gradav, le démonologue.

 

« Jour 3 : Nous approchons de la tour légendaire, je sens avec délice les effluves démoniaques de la région du défilé de Deuillevent. Ce matin, alors que nous marchions, j’ai essayé de faire comprendre aux deux crétins qui m’assistent dans ma mission la beauté du lieu. Mais ils sont vraiment bornés et ne sentent pas que le cœur de Sargeras lui-même fait vibrer la région, c’est d’une beauté... »

 

Gradav- Journal Personnel.

 

L’arbre signalait l’entrée du défilé de Deuillevent. Un arbre flétri d’une quinzaine de mètre, qui ne possédait pas de feuilles, mais trois fruits curieux. Des pendus.


Des pendus à la peau noire et parcheminée, tatouée de runes inquiétantes, des visages très abîmés picorés par les corbeaux. Des pendus qui portaient chacun une pancarte accrochée autour du cou.

 

DÉFILÉ DE DEUILLEVENT, TERRE MAUDITE !

RECULEZ OU MOURREZ ! 

TOI QUI ENTRE ICI, ABBANDONNE TOUT ESPOIR DE SORTIR VIVANT !

 

Au-delà de l’arbre au pendu, on ne trouvait plus aucune végétation, qu’elle soit morte ou vivante, d’ailleurs, par contre, partout, des aiguilles rocheuses comme des crocs semblaient comme sortir de terre pour avaler les voyageurs assez fous pour entrer dans le défilé.

Le silence oppressant n’était rompu que par quelques cris de charognards plus loin dans le défilé. A part, ça, contrairement au Bois de la Pénombre qu’ils laissaient derrière eux, pas un bruit d’animal ne se faisait entendre. Comme si la région qui s’étendait après l’arbre aux pendus était sans vie.


Le groupe des mages était parti tôt de Sombre-comté le matin même, vers le défilé de Deuillevent et Karazhan, la tour légendaire. Il était proche de midi, et ils allaient enfin rentrer dans la région la plus hantée d’Azeroth, pour leur mission.

A la vue de l’arbre aux pendus, le groupe s’était arrêté sans se consulter les uns les autres, mais pas tous pour la même raison.

Gradav était en train de lire les runes démoniaques sur les cadavres avec l’expression au visage d’un enfant qui vient de trouver un nouveau jouet, alors que Wravien s’était arrêté en grimaçant.

Kamsis, quant à elle, sembler lutter difficilement contre la nausée.

-Vous voyez ces runes ? Non, évidemment que non, ce sont des runes de sacrifices, les démons du coin les utilisent pour vider l’énergie d’une proie en un rien de temps ! Et vous voyez les traces sur leurs cous ? C’est le signe de la videuse d’âme de Werstelt, une technique fabuleuse ! Quelle maestria !  Quel sens de l’art, j’en suis impressionné !  Fit le démoniste en se léchant les babines.

-Quel genre de démons peut faire ça ?  S’ils décident de nous attaquer, tu crois qu’on en viendra à bout ? Demanda Wravien, la mâchoire serrée et les mains crispées autour de son bâton de mage.

Gradav se tourna vers le mage, des étoiles dans les yeux :

-S’ils sont puissants ? Oh ouiiiiii...c’est clairement la marque d’un archidémon, un éredar !  Quel honneur !

Le visage de Wravien sembla vieillir de quinze ans en un instant. Comme tous les mages, il avait appris le bestiaire magique d’Azeroth. Et il savait donc que les érédars sont des démons rares, mais très puissants, hauts gradés dans la légion ardente, connus pour leur exceptionnelle cruauté.

Kamsis semblait s’être reprise de sa nausée, fusilla Gradav du regard :

-Vous êtes vraiment timbré.

Pendant qu’elle disait ça, elle évitait visiblement de regarder l’arbre aux pendus, préférant fixer la route du défilé de Deuillevent qui s’ouvrait devant eux.

-Bon, aller, en route, il nous faudra bien des encore des heures pour atteindre la tour, et vous n’avez sûrement pas envie de devoir voyager la nuit par ici. fit Wravien d’un ton sec, le visage sombre.

Ils continuèrent à marcher, au milieu de la désolation du défilé de Deuillevent. Ils ne firent pas de mauvaises rencontres. A plusieurs endroits sur le sol noir et sablonneux il distingua des traces d’ogres et d’araignées géantes. Loin de l’inquiéter, cela parut le rassurer.

-Si on a des traces d’ogres et d’araignées géantes, ça veut dire qu’il n’y a rien de plus dangereux que ça qui rôde dans les environs !

Gradav en grogna de mécontentement, alors que son chat noir perché sur son épaule regardait le paysage avec intérêt.

-Votre chat est revenu, Gradav ? Comme il est mignon !  Fit Kamsis.

Elle vit avec inquiétude le sourire du démoniste grandir, et sa voix prendre un ton mielleux.

-Ma chère enfant, ce n’est pas un chat, mais un démon mineur. Un diablotin, si vous préférez ! Il est juste sous sa forme de chat pour éviter que lui et moi terminions sur un bûcher quand on doit faire des courses en ville !

Le chat-démon regardait maintenant Kamsis en se léchant distraitement la patte. Il dut sentir que Kamsis le dévisageait, mal à l’aise car il se tourna vers elle et en clignant de l’œil, il poussa un miaulement.

Gradav poussa un soupir d’exaspération, et le voyage continua. Pendant des heures, leurs conversations ne devaient pas faire dix minutes mises bout à bout. Le paysage sinistre, à dominante gris et noir, sans la moindre trace de verdure leur pesait. Sauf Gradav qui arborait un sourire satisfait, visiblement content d’être là.

Quand, soudain la tour fut en vue sur la route, ils poussèrent un soupir de soulagement. Cela relâcha leur vigilance quelques instants. Ce fut suffisant pour que l’attaque eu lieu.

Ce fut Kamsis qui la première les vit : trois ogres sortirent de derrière les rochers qui bordaient la piste, pendant que deux autres leur bloquaient le passage pour aller vers la tour. Chacun des ogres semblait être taillé dans un bloc de basalte du défilé tant ils étaient massifs, vêtus seulement de pagnes. Leurs yeux n’exprimaient rien d’autre que la stupidité la plus crasse, animé seulement par une faim dévorante. Leurs armes, des troncs d’arbres morts, étaient simples, mais semblaient redoutablement efficaces.

-Làààààà ! Fit-elle en incantant un sort avec toute la rapidité dont elle était capable sur l’ogre le plus près d’elle. Elle lança la première incantation qui lui passa par la tête, et la massue de l’ogre qui s’apprêtait à la frapper d’un mortel coup de haut en bas fut transformé en bouquet de jonquilles. Alors que l’ogre essayait de résoudre le mystère de la disparition de sa massue et regardait stupidement le bouquet somptueux qu’il avait dans la main, une boule de feu majeure lui fit fondre le visage, le faisant s’écrouler mort sur la piste. Un autre ogre fut transformé en bloc de glace par une autre invocation de Kamsis, la congélation lui donnant l’air encore plus crétin que d’habitude.

Wravien lança quant à lui un sort de bouclier du mage pour parer les coups inévitables que les ogres porteraient à lui et son équipe.

Gradav, de son côté lança une incantation dans une langue torturée et les deux  ogres qui l’attaquaient sentirent le sol se dérober sous leurs jambes, incapables de les porter. Leurs massues semblèrent soudainement peser trop lourd entre leurs mains, et ils s’écroulèrent, affaiblis. Une main de Gul’dan les acheva instantanément.

Le chat de Gradav fondit vers le dernier ogre encore debout à une vitesse stupéfiante, un véritable feu follet insaisissable. Et quand il fut à portée de l’ogre, il évita un coup de massue redoutable qui ébranla le sol pour remonter ensuite à toute vitesse le long de la massue. Un trait verdâtre s’échappa de ses yeux quand il fut sur l’épaule de l’ogre, face à sa tête tournée. Et l’ogre tomba raide-mort également, le chat démon tombant souplement de son coté sur le sol.

Le combat fini, Wravien regarda le champ de bataille d’un œil calme. Ces ogres n’étaient que des éclaireurs, ils chassaient probablement pour un groupe bien plus important situé non loin.

Il se tourna vers Gradav, mais ne le trouvant pas près de Kamsis, il se tourna vers la tour. Gradav inspectait la porte principale de Karazhan en souriant comme un enfant auquel on aurait offert un bonbon au miel.

Le groupe de mage se rassemblèrent devant la porte. Devant eux, la tour leur offrait son immensité noire et polie, telle une malédiction lancée aux cieux.

Ils se regardèrent un long moment tous les trois, conscients de se lancer dans ce qui serait probablement le voyage le plus étrange et excitant de leur vie.

Kamsis, l’air décidé, tira la poignée, et la porte massive tourna lentement sur ses gonds. Ils passèrent le seuil comme bien d’autre avant eux, et lentement derrière eux la porte se referma dans un claquement sans appel.

La partie avait commencé.

 

Chapitre V : Vous (n’)êtes (pas) les bienvenus !

 « Les esprits, spectres et fantômes qui hantent Azeroth n’ont pas pu trouver le repos éternel parce qu’ils estiment qu’ils ont encore une tâche à réaliser, peu importe soit-elle. La plupart ne sont pas dangereux. La plupart. »

Wravien – Les confessions


Elle était la première à rentrer dans la tour mythique, et immédiatement, Kamsis, comme les deux autres hommes qui l’accompagnaient, d’ailleurs, s’arrêta pour observer : ils étaient entrés dans un hall immense pavé de pierre avec trois entrées, outre celle dans leurs dos.

A droite d’eux se tenait une ouverture en partie détruite descendant visiblement dans les caves de la tour, plus loin, à gauche, se tenait une arche assez large avec trois bottes de paille complètement sèches empilée devant, désignant très probablement les écuries.
En face, donc à droite de leur position, s’amorçait un escalier dont les degrés montaient vers plusieurs arches aux piliers fins et ouvragés.

Kamsis, observa la scène, puis se retourna vers ses deux collègues :

-J’ai fait des mesures sur cette tour, et à priori, si on cherche des réponses sur ce qui se passe ici, c’est vers le haut que ça se passera.

Elle s’efforçait de garder son calme, mais en son for intérieur, elle était à la fois excitée et effrayée d’être dans la tour du dernier gardien de Tirisfall, la dernière demeure du mage le plus puissant de tous les temps.

Wravien opina calmement du chef et dit :

-Ça marche, on y va, au cas où, préparez des sorts défensifs, on ne sait jamais. Je vous rappelle que nous ignorons ce qu’on va trouver là-haut.
Il se tourna vers Gradav, le teint mi-ironique, mi-sérieux : « Dites-moi, Gradav, il n’y a pas moyen que votre chat aille faire un tour là-haut et nous dire de quoi il en retourne ? »
Il avait accentué sur le « chat », en sachant pertinemment que l’animal était autant chat que son maître un canard lacustre.

Gradav tourna son visage ou plutôt sa capuche avec des coins d’ombres vers Wravien et sourit, laissant apparaitre des dents d’une blancheur quasi-spectrale, comme des crocs.
-Vous avez peur ? Oh allez ?! Je vous rassure tout de suite, les érédars ne tuent pas toujours les gens...ils ont aussi parfois besoin d’esclaves ! Haha

Wravien leva les yeux au ciel, mais visiblement mal à l’aise, alors que Kamsis regardait d’un air affligé le démonologue.

Il rit un moment, puis cessa, et parla un moment dans une langue torturée à son « chat » qui regardait placidement l’endroit de ses grands yeux verts.
Le diablotin sous forme féline regarda son maître et lui répondit brièvement plusieurs fois avant de se lever en grommelant et de monter l’escalier.

Les mages attendirent un petit moment, dans une atmosphère de renfermé et sans bruit, à part parfois des grincements, craquements et autres bruits anodins, voire imperceptibles habituellement.

Kamsis se surpris à réciter mentalement l’ensemble de ses sorts de défense et à vérifier si l’épée qu’elle avait au fourreau glissait bien dans sa gaine.
Contre les ogres de tout à l’heure, elle avait assuré, mais là, la menace semblait venir de tout, murs, sols, plafonds, impalpable, mais pourtant incroyablement là.

Ils n’étaient pas les bienvenus, c’était clair. Si la tour était un organisme anthropophage, elle les aurait mâché et avalés, et ils seraient en passe d’être digérés.
D’ailleurs...pensa-t-elle, c’était peut-être ce qui était arrivé aux nobles et soldats qui étaient entrés dans la tour et avaient disparu sans laisser de trace : ils avaient été avalés, digérés dans la tour pour alimenter...elle ne voulait même pas songer quoi !

Elle frissonna. Elle en était sûre, confusément, la magie du lieu avait donné une conscience à la tour, qui les observait comme un chat regarde une souris dans les hautes-herbes...

Sur ces pensées, elle sursauta quand elle entendit un petit bruit en provenance de l’escalier, prépara un sort de défense vers le bruit, bras tendu et mains ouvertes vers la menace pour lancer sa boule de feu et...
Wravien intercepta son bras, interrompant son sort et montra du menton ce qui descendait l’escalier, le diablotin-chat de Gradav.

-Désolé. Merci !
Et elle s’empourpra, ses deux compères n’avaient pas peur eux, et elle ne voulait pas passer pour la petite fille du groupe en perdant son sang-froid.

Wravien lui répondit seulement par un clin d’œil.


Pendant ce temps-là, Gradav avait discuté avec son diablotin, et vint vers eux, toujours le haut du visage caché par sa capuche violette.

-Il y a des choses bizarres, là-haut, une salle de bal déserte, une salle à manger qui l’est tout aussi, et un escalier qui monte plus haut. Je crois donc qu’on a notre chemin !

-Parfait, dans ce cas on va monter là-bas, ton diablotin n’a rien vu d’autre ?

Le visage sec de Gradav s’illumina de rides d’expressions plus larges et profondes que des fosses abyssales dans des fonds marins, et découvrir à nouveau ses dents blanches.
Il ajouta seulement : « Il a juste senti une très puissante et très ancienne magie à l’œuvre ».

-Bon, c’est parti. On reste groupés et proches les uns des autres, on monte l’escalier pour se rendre dans la salle de bal. Gradav, demande à ton diablotin de couvrir nos arrières, Kamsis, tu prends le flanc gauche, Gradav le droit, et moi en tête. Préparez chacun des sorts défensifs.

Wravien avait donné ces ordres d’une voix tranquille, confiante, habituée visiblement à commander. Kamsis se dépêcha de se placer comme Wravien l’avait demandé, et Gradav le fit, en grommelant sans conviction, son diablotin se plaçant à leurs arrières.

Ils avancèrent de manière circonspecte dans le couloir faiblement éclairé par des lanternes magiques bleutées, en silence, quand soudain, la lumière se fit devant eux et ils entendirent de la musique de bal.
Ils étaient arrivés en haut des marches, dans la salle de bal, et restèrent interdits devant le spectacle qui s’offrait à leurs yeux :

Dans une immense salle richement décorée bien que poussiéreuse, sentant le renfermé, et pleine de toiles d’araignées se tenait une assemblée d’une cinquantaine de fantômes humains. Certains dansaient, d’autres discutaient entre eux près d’un buffet plein de mets avariés et poussiéreux.

Un majordome spectral, avec perruque, redingote et chapeau distingué se matérialisa devant eux, son regard vide posé sur eux, le visage figé comme un masque mortuaire.

-Madame, monsieur, bienvenue à Kerazhan ! Pouvez-vous me montrer vos invitations, je vous prie ? C’est une fête privée, j’espère que vous comprenez !

Wravien se redressa, et l’air de rien dit seulement au majordome fantômatique :

-Bonsoir, nous sommes des émissaires du Kirin Tor, et nous aimerions parler avec votre maître, nous avions rendez-vous, vous a-t’il parlé de nous ? Nous avions pris rendez-vous auprès de son apprenti Kadghar. Voici mon insigne officiel, je suis l’archimage Wravien, et j’ai avec moi les mages Kamsis et Gradav.

Kamsis sentit une sueur froide couler le long de son dos, n’osant pas imaginer ce qui se passerait si la ruse de Wravien ne fonctionnait pas...d’autant que les convives fantomatiques, bien qu’absorbés dans leurs activités, les regardaient tous du coin de l’œil.

Gradav, lui, regardait la scène avec un sourire cynique. Visiblement, le fait qu’un majordome défunt les empêchent de pénétrer dans la tour semblait l’amuser beaucoup, indifférent au fait qu’il pourrait parfaitement les enfermer aux cachots, ou quelque chose dans ce goût-là. Et, Kamsis en était sûre, elle n’avait pas envie d’aller dans les cachots de Kerazhan !

Le majordome les regarda un moment avec ses yeux morts, puis cinq secondes après, s’effaça en faisant une superbe révérence.

-Je vous remercie fit Wravien en s’inclinant à son tour.

-Le maître est actuellement occupé, mais si vous le désirez, vous pouvez l’attendre dans une de nos chambres, il commence à être tard, il ne devrait revenir que pour l’opéra de ce soir. Après, il vous recevra.
Paul va vous montrer vos chambres.

Le majordome fit un signe à un laquais spectral d’aspect jeune qui entraîna les mages dans un large escalier.
Sur le chemin ils croisèrent des invités fantomatiques, nobles dames comme seigneurs et châtelains, serviteurs et aussi gardes.

Le laquais qui les menait ne parlant pas, les mages ne parlaient pas non plus, ayant un peu de mal à s’adapter à cette cohorte de fantômes qui visiblement se croyaient vivants, ou les croyait eux aussi morts.
Kamsis ne parvenait pas à définir qu’est ce qui était le plus effrayant.

Wravien, lui, ne perdait pas un œil de ce qu’il se passait, et Gradav était étonnamment silencieux, mais sautillait presque de joie face au bal de l’étrange qui s’offrait à leurs yeux.

-Alors comme ça vous venez de Dalaran ? Fit le jeune fantôme, sur le ton de la conversation, se tournant de temps en temps vers eux pour les regarder de ses yeux vides, alors qu’ils traversaient une sale immense surplombant la salle de bal où ils étaient précédemment.

-C’est ça, oui, nous sommes des émissaires du royaume de Dalaran. Fit Wravien prudemment.

-Et...comment est-ce ? Au bord du lac, je veux dire. A ce qu’on m’a dit, les îles de l’aube, qui sont au milieu du lac entre votre royaume et celui de Lordearon, dans la forêt des pins argentés sont magnifiques, en été.

Le visage de Kamsis se teinta de nostalgie, évidemment, si ça faisait 30 ans que la tour était dans cet état, leurs informations ne devaient plus être de première fraîcheur.
Gradav eut un petit rire sec avant que Wravien ne put répondre au laquais. Ce dernier se tourna, interrogatif, et vaguement vexé, vers Gradav.

-Pour être franc, ces îles sont infestées de mort-vivants. Ils vous tuent, ils vous relèvent et vous faites partie des suppôts de Sylvanas. C’est la grande vie, haha !

Le laquais s’arrêta dans sa marche et regarda Gradav avec un étonnement sur son visage cadavérique.

-Comment ça ?

Gradav se passa la langue sur les lèvres pour les humecter, se préparant visiblement à perturber encore plus le laquais fantomatique, quand Wravien, un sourire un peu crispé au visage dit :

-Ahaha, c’est une blague de notre ami Gradav, ne faites pas attention, dans le glossaire de Dalaran, les moustiques du lac sont appelés ainsi, « mord-vivants », parce qu’ils euh...mordent les vivants, c’est une sorte de jeu de mot, vous voyez ! 

Gradav leva les yeux au ciel alors que Kamsis le foudroyait du regard.

Le laquais repris sa marche, en disant, visiblement confus :

-Oh, je vois. C’est vrai que dans le lac, ça doit être plein de bestioles, oui ! C’est pareil là où ma famille vit, à Stratholme.

Gradav s’apprêtait visiblement à renchérir sur Stratholme, le sourire aux lèvres, quand Wravien, discrètement, lui fit signe de se calmer.


Gradav grogna doucement.

Pendant qu’ils parlaient avec le laquais, ils étaient arrivés dans un long couloir où s’ouvraient des portes poussiéreuses en bois noir sur le côté gauche.

Le laquais leur présenta une première porte, et en faisant une courbette, ouvrit la porte de la chambre poussiéreuse et sentant le renfermé et l’humidité pour Kamsis.

-Madame, ce sera votre chambre, j’espère que ça vous plaira ! Une collation sera servie à 19h, puis l’opéra commencera à 21h, j’espère que cela vous siéra.

-Nous ne sommes pas dans la même chambre ? Je veux dire, nous avons prévu de rester ici pour voir votre maître, discuter un peu avec lui, mais pas forcément de rester ici pour la nuit, n’est-il pas possible d’avoir une chambre pour trois ?

Le laquais parut gêné par cette question, et bien qu’il soit fantomatique, on voyait qu’il était plutôt mal à l’aise, rougissant même un peu, ce qui avait un effet curieux sur son visage mort.

-Eh bien...euh...c’est que...hum...non, ça n’est pas possible, je regrette messieurs les ambassadeurs. On nous a donné des ordres clairs là-dessus, disons que Moroes, le majordome en chef a des idées un peu...hum...comment dire...fixes en ce domaine-là. Chacun sa chambre, vous comprenez ?
Il faisait en parlant des gestes éloquents pour ponctuer son discours.

Afin de ne pas troubler les fantômes, Wravien acquiesça, et laissant Kamsis dans sa chambre.
Le jeune valet les mena chacun a une chambre poussiéreuse, sentant le renfermé et le moisi, à la suite de celle de Kamsis, et les laissa sur un :

-Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas !

Chacun des trois mages eu quasiment le même réflexe une fois que la porte de leur chambre se referma : tenter de la rouvrir, et tous firent la même constatation : ils étaient enfermés dans leurs chambres !

 

 

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Chapitre VI : La tempérance, le diable et l’empereur


« Maintenant j’en suis sûre, la tour a une conscience, et met sur notre chemin des défenses. Nous pensions contrôler notre destin, mais depuis le début nous avons été manipulés, la seule raison pour laquelle nous sommes arrivés si loin vivants dans la tour est qu’on nous a laissé aller plus loin. Mais dans quel but ? »

Kamsis : Notes de recherche

 

Enfermés. Ils étaient enfermés, et, lâchant la poignée qui ne servait à rien, chacun des trois mages, dans sa chambre respective, eut une réaction différente :

Gradav rit de bon cœur, ce piège sentait la magie démoniaque à plein nez. Ils avaient été bernés comme des agneaux qu’on mène à l’abattoir. Maintenant...il voulait voir la suite !
Mais il n’était pas non plus idiot, il savait que quoi qu’il allait arriver, il est fort possible que cette chose ait de fortes envies de meurtres sur sa personne. Il sortit donc de sa poche une craie verte, et traça sur le sol un cercle complet autour de là où il était, empli de runes et de figures géométriques qui sinuaient sur le sol comme des fissures. Il faisait assez clair pour qu’il écrive sans se tromper, vu qu’une  faible lueur vaguement bleutée irradiait des murs et du sol.

La voix râpeuse de son diablotin toujours déguisé en chat se fit entendre :

-Vous savez, maître, ça sent la magie démoniaque à plein nez, je me demande comment vous allez vous en tirer, haha !

-Ferme-la, insecte. Moi aussi, j’ai senti ça, mais c’est précisément ce que je recherche. Cette tour renferme des secrets incroyables en démonologie. Je vais laisser ces deux abrutis qu’on m’a collé dans les pattes, et...

-Vous allez mourir, pas mal, maître, pas mal !

Gradav ne répondit qu’un grommellement, continuant frénétiquement à tracer ses runes. Il savait bien que le diablotin avait raison, son espérance de vie dans la tour maudite était proche du néant.

---


Kamsis abandonna la porte, et les bras prêts à jeter un sort, et passa le regard sur sa chambre.

Sol de pierre dallé d’une pierre blanche, avec au moins une décennie de poussière en souffrance.
Des tapis qui avaient très riches et très précieux, mais maintenant usés jusqu’à la trame et mangés par les vermines.


La salle était aussi assez haute de plafond, ayant au plafond de riches boiseries en bois noir. D’étroites fenêtres vitraillées s’ouvraient dans le mur côté extérieur, faisant entrer dans la pièce une pâle lueur faisant briller les grains de poussière en suspension dans la pièce.

Niveau mobilier, quelques bibliothèques richement garnies de beaux ouvrages s’offraient au regard de la jeune mage. Elles aussi étaient couvertes de poussière.

Et...au milieu de la pièce se tenait un immense lit à baldaquin, de la même teinte que les tapis du sol.
Par curiosité, et se sachant enfermée, Kamsis décida d’explorer un peu la chambre. La peur était moins forte chez elle que la curiosité, malgré sa situation inquiétante.

Non loin du lit, une table de bonne taille, couverte d’une épaisse couche de poussière était dans un coin, avec dessus posé un encensoir en argent aux runes complexes et entrelacées qui luisait faiblement à la lueur de la lune. Bizarrement, il sembla à la jeune mage que la poussière autour semblait moindre, voire absente.
Intriguée, elle se promit de revenir voir cet étrange objet, qui détonnait dans un donjon hanté autant qu’un clown chez la croisade écarlate.

Et, lasse, elle s’assit alors sur au bord lit pour réfléchir.
Une voix se fit alors entendre « Vous êtes très en beauté, ce soir ».

Une goutte de sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale. La voix venait de derrière elle, sur le lit qui normalement était vide. Elle se retourna sans vraiment bouger, comme une statue qui pivoterait sur son socle...

---

Wravien, immédiatement avoir pris conscience qu’il était enfermé, tenta plusieurs choses contre la porte, allant du sort de déverrouillage de Locke à la très difficile invocation de la clef infinie. En désespoir de cause, il lança une boule de feu sur la porte qui l’absorba voracement comme si elle était faite d’eau.

Wravien se définissait comme pragmatique, donc voyant que les méthodes magiques avaient échoué, il chercha des yeux dans la pièce baignée par la lune ce qui pourrait lui servir.
Vieux tapis usés, chaises et tables poussiéreuses, bibliothèques aux livres jaunis et tout aussi poussiéreux, lit à baldaquin.

Il était plus agacé que réellement effrayé, voyant cet enfermement comme un retard pour sa mission. D’un geste, il attira une chaise à lui magiquement, et la projeta magiquement d’un geste des doigts contre la porte, où elle s’écrasa morceaux sans faire ne serait-ce que la moindre marque à la porte.

-Cesse de jouer, et vient te reposer un peu avec moi, Wravien !

Il se tourna vers la voix de Kamsis qui était apparue subitement sur le lit sans qu’il la voit se téléporter. Elle le regardait, semblant le détailler, un sourire aguicheur aux lèvres.
Il se fit la réflexion qu’elle était très belle, et qu’il aurait bien avec elle des relations plus que professionnelles, et après une hésitation, sans qu’il comprenne pourquoi, il s’avança vers elle.

-Kamsis, tu as réussi à sortir ? Nous devons sortir de cette chambre, montre-moi comment tu as fait ! fit-il, essayant de se concentrer, subjugué par ses yeux et sa silhouette fine.

Il s’assit auprès d’elle, et commença timidement à lui caresser l’épaule pendant qu’elle lui caressait le visage, effleurant chacun de ses traits.
Il était noyé dans ses yeux verts et oublia un moment où il était, ayant une irrépressible envie d’embrasser la jeune mage qui lui caressait le haut du corps, et commençait à lui masser ses épaules tendues.

Il secoua alors la tête et se repris un moment, d’une voix hésitante, pâteuse.

-Attends...je crois que...j’oublie quelque chose ! On doit...on doit...quitter cette chambre.

-Pourquoi ? On est si bien, ici, tu ne trouves pas ? Lui répondit-elle, un regard plus qu’amoureux dans ses yeux verts. Elle s’approcha et le pris dans ses bras, cherchant à l’embrasser langoureusement.


Avec un effort de volonté surhumain, contre ses propres instincts, Wravien la repoussa doucement.

-On doit...on doit...trouver...Gradav, il doit nous...chercher !

Kamsis sourit alors, laissant apparaître ses dents de nacre.

-On ira le chercher dans une heure ou deux, on n’est pas pressés, tu ne penses pas ? Surtout pour ce connard à la gueule de prison !

Alors qu’elle disait ça, la jeune mage le poussa d’une pression presque brutale à se coucher sur le lit alors qu’elle s’assit sur ses genoux, le couvant des yeux d’un regard de braise, continuant ses massages au épaules et sur le torse pour qu’il se détende, et Wravien, sous les caresses, oublia qui il était et où il était, fermant les yeux de volupté.

Kamsis eut un sourire malsain qui dévoila des canines anormalement pointues, sans que sa proie ne le remarque, les yeux fermés. Elle avait gagné, elle allait juste jouer encore un peu avec cet humain, et l’égorgerait alors.

Une dague spectrale apparut dans sa main gauche, cachée derrière son dos, et elle la glissa dans sa ceinture, dans son dos, avant de recommencer à caresser l’humain dans le lit.

---

Gradav, avait fini par tracer ses cercles entremêlés de runes complexes à la craie, et se tenait assis au centre, en tailleur, les yeux fermés, tentant de localiser par de la magie démoniaque ses coéquipiers, ce qui était anormalement ardu.

-Maître, je sens une présence dans ces chambres. Ça semble vouloir vous tuer ! fit le diablotin, toujours sous la forme de chat noir, qu’il semblait visiblement apprécier, en fin de compte.

-Sans blague. Fit Gradav d’une voix sinistre.

Un raclement de gorge se fit entendre dans la pièce du côté du lit qu’il avait entrevu en entrant, à une dizaine de mètres de lui.
Dans un miaulement de terreur, le « chat » de Gradav disparut dans un « Pop » sonore.

Devant lui se tenait sa femme adoré, Anna, décédée il y a des années, emportée par la peste. Il essuya rageusement une larme solitaire qui brilla sur son visage et coula le long de son menton.

-Viens, Gradav, je veux te prendre dans mes bras, mon amour.

Gradav sentit sa volonté un moment fléchir, mais les cercles absorbèrent une bonne partie de la charge de séduction de l’apparition.

-Tu n’es pas Anna, je l’ai vu mourir sous mes yeux, tu es...tu es...une...

Il secoua la tête et se rappela où il était et se permit de sourire.

-Bien joué. Mais ça ne prend pas avec moi. Apparaît donc sous ta vraie forme, démon.

Tout le corps de sa femme, conforme à ses souvenirs, se changea pour laisser apparaître une succube à la peau rouge, cornue, aux cheveux longs et noirs, aux crocs pointus et au visage sans la moindre imperfection, irréel.
Elle était habillée d’un débardeur en cuir et d’un pantalon de la même matière, laissant apparaître en lieu et place de ses pieds, des sabots.

 Le visage de la chose qui se faisait passer pour sa femme laissa apparaître un regard et une grimace haineuse.

-Très astucieux, tes cercles, humains, mais ce n’est pas ta magie de pacotille qui te protégera de moi !

La voix veloutée de la succube, moqueuse, reprit : « Tu ne vas pas pouvoir rester indéfiniment dans ton cercle de protection, Gradav, et quand tu mourras de faim ou de soif, tu suppliera ta fin auprès de moi, et tu m’appartiendra, comme tous les autres ! »

La succube s’approcha du cercle, sans pour autant toucher aucun des runes de protection vertes sur le sol.

-D’ailleurs...tes amis, le grand dadais et la petite blonde sont en train de rencontrer mes frères et sœurs. Ils vont jouer avec eux, puis les tuer, comme tous ceux qui sont venus ici. Eux non plus tu n’auras pas réussi à les sauver, comme ta femme, et comme des compagnons.

Un sourire malsain aux lèvres, elle poursuit : « Tu te souviens d’eux, Gradav ? Ceux que tu as abandonné, car enfin de compte, tu ne penses toujours qu’à toi-même ! »

Gradav répondit seulement, d’une voix moins assurée qu’avant :

-Ce ne sont pas mes amis. Et toi, tu ne perds rien pour attendre ! Je ne peux pas t’attaquer tant que je suis dans mon cercle, mais ça ne m’empêche pas d’utiliser d’autres ressources !

La succube matérialisa un poignard légèrement translucide et commença à jouer avec, toujours tout sourire.
-Tu sais, Gradav, je suis immortelle, j’ai tout mon temps, contrairement à toi. Tu cèderas, et quand tu cèderas, je te promets une fin lente et douloureuse. Je prendrais bien mon temps avec toi !

---

 

Kamsis se leva brutalement, et regarda ce qui lui faisait face, assis sur le lit. C’était Wravien, grand, beau, les épaules larges, il était très séduisant.

Le regardant, alors qu’il la fixait de son beau regard gris, elle se prit à penser à d’autres choses sans rapport avec la mission.
Tentant de faire bonne impression, elle raclât la gorge, rougissant.

Elle se força à se concentrer, et...ne sachant que dire, se sentant prise d’une envie folle d’embrasser Wravien sans préavis, elle trouva une diversion pour se donner une meilleure contenance, en balbutiant :

-Tiens...euh...Wravien, j’ai...euh...trouvé cet objet, et je me demandais si...tu pouvais me dire ce que c’est !

Elle se retourna, attrapa l’encensoir en argent, qui lui picota les doigts à son contact, et se tourna vers Wravien, l’encensoir, et s’arrêta brutalement dans son geste.

Devant lui, au lieu de Wravien se tenait maintenant un démon Satyre, qui visiblement n’avait pas remarqué que son camouflage avait cessé, la confusion sur son esprit levée.
Improvisant, elle décida de jouer la comédie avec lui afin de s’en débarrasser, s’approchant de lui comme pour le serrer dans ses bras.


Elle réfléchit à toute vitesse. L’encensoir, l’absence de poussière, visiblement l’objet était béni, peut-être était-il efficace contre le satyre ?

-Oh et puis...non rien, laisse, passons plutôt du temps ensemble ! Fit-elle, se forçant à jouer la comédie.

Elle serra dans ses bras le Satyre, et brusquement pressa contre son visage l’encensoir en argent qui grésilla au contact, brûlant d’une flamme bleu azur le satyre sur le haut du visage.

Il hurla, aveugle, tentant de décocher des coups de griffe à Kamsis qui se recula, effrayée, et sans réfléchir, elle incanta une boule de feu majeure qui cueillit le satyre à la poitrine, l’expédiant en flamme à travers la fenêtre en vitrail de la chambre.

Kamsis en profita pour reprendre son souffle, ramassa l’encensoir en argent béni et le glissa à sa ceinture, puis elle alla voir par la fenêtre, où plutôt ce qu’il en restait. 30 mètres plus bas, sur les bords de la rivière, le cadavre du démon satyre finissait de se consumer.

-Bon, une bonne chose de faite, retrouver les autres, maintenant !

Elle se tourna vers la porte, toujours aussi fermée. Elle retenta la porte, mais celle-ci ne bougeât pas d’un iota.

Elle entendit alors au travers de la cloison gauche de sa chambre, des bruits indistincts, mais avec des éclats de voix qui étaient sans doute possible la voix de Wravien. Et visiblement le vrai, cette fois-ci, si l’encensoir béni continuait à faire effet pour dissiper les charmes des chambres.

Si elle avait rencontré un démon dans sa chambre, il était plus que probable que ses collègues faisaient eux aussi face à des démons. Elle devait agir.
Elle grommela, parlant pour elle-même :

-Pourquoi est-ce qu’à l’académie de magie on n’apprend pas aux élèves à sortir d’une pièce fermée magiquement ? Un truc à dire aux conseils de perfectionnement, ça !

Elle se concentra, et, traçant en l’air une rune tarabiscotée, elle lança un sort de trait de feu contre le mur de pierre gauche qui explosa en débris, faisant un large trou dans le mur.

Elle entra, et vit une succube à genou sur Wravien en train de l’étrangler alors que celui-ci était complètement amorphe sur le lit.


La succube, la voyant, poussa un rugissement de rage et tira de sa ceinture un long poignard, puis la chargea, d’une vitesse surnaturelle, poignard en avant.

Kamsis était prête, et au moment où le poignard allait la déchirer, elle ne fut plus là. Mais cinq mètres derrière dans le dos de la créature démoniaque.
La succube n’eut pas le temps de se retourner qu’une boule de feu lui faisait perdre la tête. Littéralement.



Kamsis s’approcha alors du lit, et vit Wravien, toujours couché sur le lit moisi, les bras écartés et yeux fermés en murmurant « Oh...Kamsis... »

. Encore sous le coup de l’adrénaline du combat, Kamsis secoua le mage charmé :

-Wravien, debout, on a une mission !

Wravien se releva, et toujours sous le charme, tenta d’embrasser la jeune mage, qui, agacée par le fait que la succube ait pris pour Wravien son apparence, lui colla une violente claque.

Wravien émergea subitement, comme si il sortait d’un rêve agréable, où Kamsis...La jeune femme le regardait, l’air excédé.

-Kamsis ?

-Elle-même, lui dit-elle, lugubrement.

Wravien prit le temps d’analyser la situation. Il était dans cette chambre, avec Kamsis, et...Karazhan, la mission. Il se rendit compte en regardant la pièce, le mur explosé et le cadavre de la succube encore fumant qu’il s’était fait avoir comme un débutant.

Kamsis le regardait toujours, visiblement très en colère.

-Ca va, tu reviens à toi ? Je te préviens tout de suite, recommence à me prendre pour cette créature, et c’est pas une claque que je te mets !

-Désolé, je me suis fait avoir comme un bleu fit-il piteusement en se frottant le menton, préférant ne pas la regarder.
Un long silence suivit, et, pour reprendre contenance, le mage racla sa gorge, et dit « Bon, il faut retrouver Gradav et sortir d’ici, on a une mission à mener ! »

Kamsis incanta une nouvelle boule de feu et détruisit avec fracas la cloison située à gauche de la porte de la chambre de Wravien, et avec celui-ci, prêts à combattre, ils rentrèrent dans la chambre de Gradav.

Ils y virent un étonnant spectacle :

Gradav était au milieu de cercles concentriques et de figures runiques

-Ah, enfin. Vous ne pouviez pas faire plus vite que ça ? Il avait parlé d’une voix sèche, mais au fond de sa voix, Wravien sentait qu’il était content de les voir entier.

-Où est ta succube ? Demanda Wravien.

Kamsis, visiblement toujours furieuse, leva les yeux au ciel.

Un cri de rage provenant de nulle part se fit entendre, et une voix veloutée se fit entendre aux trois mages :

-Bravo, vous avez gagné cette fois-ci, mais n’espérez pas sortir vivants de cette tour ! Vous aussi rejoindrez la horde des perdants qui hantent cet endroit. Vous aussi, vous servirez !

Gradav se leva et s’étira, ignorant ouvertement la menace du démon.

-Bon, c’est parfait, tout ça ! Sortons d’ici, j’ai eu une idée pour sortir quand j’étais coincé ici. Il fallait juste que nos charmantes hôtesses me laissent un moment tranquille.

Il sortit de ses cercles tracés sur le sol, et s’avança vers la porte, se plaçant devant quelque chose que ni Wravien, ni Kamsis n’avaient remarqué jusque-là : un cordon pour appeler le personnel, probablement relié à une clochette pour appeler les domestiques, comme le laquais l’avait auparavant dit.

Gradav tira dessus en souriant narquoisement :

-Méfiez-vous, j’ignore ce qui va venir, mais préparez-vous au cas où à vous battre !

 

Chapitre VII : L’opéra

 « Les chambres des invités étaient fréquentées par des succubes et satyres qui avaient la particularité, rare pour ces races-là, de se changer en les fantasmes non-assouvis de la personne qui y résidait. C’est intéressant, je me demande si cette particularité était là avant la mort de Medivh, sous une autre forme, où que ce n’est qu’à la mort du gardien de Tirisfall que ça s’est fait. C’est fabuleux ! »

Gradav – Journal personnel

 

Quand Gradav tira la cordelette, la porte ne tarda pas à s’ouvrir sur un laquais fantomatique, visiblement dénué d’intentions hostiles, qui ne prêta pas attention au fait que les mages, échaudés par leur combat contre les démons des chambres, soit en posture de combat.

-Madame ? Messieurs ? Vous avez demandé le service d’étage ?

Gradav, toujours encapuchonné, le bas du visage seulement visible, sourit laissant entrevoir sa dentition blanche comme le marbre d’une pierre tombale.

-Oui, voilà, vos chambres sont très mal fréquentées, nous avons été attaqué par des dem...Il fut subitement coupé par Wravien qui se mis subitement à tousser  pour empêcher au démoniste de froisser le fantôme.

-Oui, nous avons en effet croisé un rat, c’est ce que mon ami veut dire, ahaha ! Il faudra arranger ça, vous ne croyez pas ? Wravien eut un sourire contrit devant le laquais fantôme qui semblait gêné.

-Oh...je vois, veuillez m’excuser, au nom de tout le personnel, nous ferons des efforts draconiens pour régler ça, merci de nous avoir prévenu. C’est tout ?

Wravien ne sut que dire, et Gradav grommelait encore dans son coin.
Kamsis répondit alors :

-Oui, il me semble qu’un de vos collègues avait parlé d’un opéra, pouvez-vous nous y emmener, je vous prie ?

Le laquais se courba devant eux et dit :

-Avec plaisir, madame et messieurs, veuillez me suivre !

---

Ils traversaient à la suite du laquais fantôme des couloirs richement meublés, et poussiéreux. Parfois ils croisaient des fantômes de nobles personnages richement habillés.

Wravien, toujours gêné depuis son sauvetage par Kamsis, dit :

-Je...merci pour tout à l’heure, et désolé, je...

-De rien, n’en parlons plus, répondit Kamsis sèchement.

-Mais je voulais que tu sache que...

-C’est bon, merci, Wravien. Fit-elle, toujours agacée.

Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle avait, d’un côté elle savait qu’il ne lui était pas indifférent, mais de l’autre, elle était furieuse qu’il se soit fait berner par une succube. Il lui faudrait quelques temps pour calmer ses nerfs.

-Eh, les tourtereaux, vous roucoulerez plus tard, c’est écœurant, et on n’a pas que ça à faire. D’ailleurs, vous parliez de quoi ?

Kamsis tira de sa ceinture l’encensoir béni qu’elle avait récupéré dans la chambre, et le présenta au démonologue. Sous sa capuche, ses sourcils se froncèrent.

-Je disais que j’avais trouvé ça dans les chambres, tout à l’heure, ça m’a permis de résister à l’influence du satyre dans ma chambre.

Il l’attrapa vivement des mains de Kamsis, et le regarda plus attentivement, le tournant fébrilement pour le regarder sous toutes les coutures.
Sa bouche s’entrouvrit, une indicible expression de surprise sur son visage se fit (du moins sur la moitié de visage visible).

-C’est pas possible ! S’exclama-t-il, tellement bruyamment que le laquais fantomatique qui les menait, devant eux, se retourna avant de retourner regarder devant lui.

Wravien se racla la gorge pour reprendre une contenance après sa discussion avec Kamsis, et s’approcha.

-Qu’est-ce que c’est ? J’ai cru tout à l’heure détecter de la magie sacrée, mais je ne suis pas sûr de moi, c’est pas mon domaine.

Le démonologue se tourna vers eux, et on pouvait presque deviner un air indigné de sa part sous son capuchon.

-Vous ne sentez pas ça ? Non, bien sûr que non, bande d’incapables ! Cet encensoir est l’encensoir de Rylmann, un fameux démonologue qui justement a disparu dans les parages il y a longtemps. Ce n’est pas de la magie sacrée, mais c’est plutôt une sorte d’anti-magie démoniaque, concentrée dans un objet, il soustrait son porteur à toutes les influences démoniaques de contrôle, et ça bloque une bonne partie des sorts démoniaques !

-Ca, c’est très bien, ça peut nous aider à reprendre notre mission fit Wravien en souriant.

Kamsis reprit l’objet sans rien dire, mais effectivement semblait rassurée d’avoir à la ceinture l’encensoir.


Le laquais les mena devant une grande entrée, et leur présenta l’entrée en souriant. « L’opéra, madame et messieurs ! Je vous souhaite de passer une très bonne soirée ! »

Il s’inclina et disparut comme par enchantement devant les mages.

-En fait je finirais presque par être blasé de ces fantômes, ils ne sont pas agressifs, j’ai même presque pitié pour eux, dit sur le ton de la conversation Gradav, à la surprise de ses collègues. En effet Gradav montrant de la pitié était presque aussi incongru que si une goule vous amenait des croissants.

-Tu as raison. Leur sort est peu enviable, revivre pour l’éternité plus ou moins la même soirée. Ils ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont morts...fit Kamsis, en secouant tristement la tête.

-Espérons qu’il n’y a rien de plus dangereux dans la tour que les laquais et invités de Medivh et quelques démons ici et là ! Fit Wravien, en fronçant les sourcils.

-D’ailleurs, où est votre « chat », Gradav ?

Gradav haussa les épaules, visiblement peu préoccupé par la question. « Oh sans doute pas loin, il fait toujours ça quand il y a du danger ! »

Avec un sens étonnant de l’à-propos, le chat noir démoniaque apparut sans bruit auprès du groupe.

-Miaou ?

-Oh non, commence pas, grogna le démonologue, levant vers le ciel ses yeux toujours masqués par sa capuche.
-Bon, allez, en route. On doit passer par l’opéra pour monter plus haut dans la tour. Restez sur vos gardes, fit Wravien.

Ils entrèrent dans l’ouverture menant à l’opéra, et soudain devant eux apparut un squelette habillé avec des lambeaux d’habits d’ouvreur.

Sans réfléchir, échaudés par leur confrontation dans les chambres, simultanément, les trois mages déchainèrent leur magie sur l’ouvreur squelettique qui explosa en morceaux. D’autres ouvreurs apparurent derrière eux, visiblement animés d’intentions hostiles, ce qui les poussa à avancer en les criblant de sorts.

Ils entrèrent alors dans la salle de l’opéra, et cessèrent un moment de se battre pour rester immobile à regarder autour d’eux. De leur côté, les ouvreurs, qui étaient revenus en nombre, s’arrêtèrent eux aussi de combattre un moment.

Les mages étaient rentrés dans une salle richement décorée, éclairée par un lustre immense accroché au plafond, très loin au-dessus d’eux. Pire, ils étaient entourés de rangées de sièges, tous occupés par des fantômes d’invités richement habillés. Qui les regardaient, les menaçant de leurs yeux vides.
Un murmure, comme le souffle du vent souffla dans l’assemblée silencieuse, souffla doucement, montant crescendo.

Quelque chose de tout à fait indistinct, mais dont la signification était claire : ils n’étaient pas les bienvenus, et allaient le regretter.

Sans doute un peu la sensation qu’aurait un chat égaré dans un chenil, que les chiens regarderaient, pas encore menaçants, encore sous l’effet de surprise, mais qui deviendraient agressifs quand ils auraient intégré qu’il y a bien un chat devant eux.

Ici et là dans la salle des invités s’étaient levés, agités et menaçants.

-Intrus !

-Quelle honte, qui les a invités ?!

-A mort !

-Tuez les intrus !

Les invités étaient maintenant tous levés, et, avec les ouvreurs, formaient un cercle autour des mages, cercle, qui se resserrait de plus en plus.
Jusqu’ici, ils bénéficiaient comme d’un camouflage, d’une grâce qui faisait que les fantômes les considéraient comme dans leur monde, mais ce quoi qu’il en soit, cette grâce venait de voler en éclats.

Et maintenant, les fantômes les encerclaient, se rapprochant de plus en plus d’eux. Ils n’étaient pas armés, mais visiblement, ça ne semblait pas les perturber plus que ça, et quelque chose dans leurs attitudes faisaient penser à ceux qui les regardaient qu’ils n’en avaient pas l’usage.

-Ne les laissez surtout pas vous toucher, fit Gradav.

Kamsis et Gradav essayaient de repousser les fantômes avec des sorts différents, mais les sorts passaient au travers d’eux, comme si ils étaient faits de fumée.
Wravien, voyant leurs efforts vains, regarda autour de lui une échappatoire, et il vit le balcon des invités d’honneurs, à une dizaine de mètres d’eux. En verticale.

-Transfert, 10 mètres au-dessus, sur le balcon. VITE, CONCENTREZ-VOUS, ET ON Y VA !

Sans prendre de temps, ils marmonnèrent le plus rapidement possible la formule mystique en se tenant par la main, essayant de juguler leur peur alors que le cercle de fantômes était à seulement une longueur de bras d’eux.

Voyant leurs proies leur échapper, les fantômes tentèrent de les frapper, mais heureusement, ils disparurent juste avant que les bras fantomatiques les touchent.

Dix mètres plus haut, sur le balcon, les mages à deux doigts de la panique pure atterrissaient en tas peu élégants sur le tapis mité, peinant à reprendre leur souffle, le cœur battant à tout rompre.

En bas, les clameurs hostiles des fantômes continuaient comme un chœur de damnés.
Wravien se releva le premier

-Tout le monde...pff...va bien ? Fit-il, haletant, en tendant une main secourable à Kamsis qui avait du mal à se relever, titubant comme ivre, le visage arborant une belle teinte verdâtre.

-Plus ou moins, ouais, j’ai juste le mal de mer, je dois avouer que si j’ai souvent utilisé le sort de transfert, je ne l’avais jamais utilisé en verticale, à vrai dire, je ne savais même pas que c’était possible !

-Gradav ? Entier ?

Le démonologue se relevait dignement en époussetant sa robe.

-Entier. Même si ça me fait mal de le reconnaître, je dois avouer que tu n’es pas aussi incapable que je le croyais.

Wravien faillit répondre quelque chose de désobligeant, mais finalement n’en vit pas l’intérêt.
Le démonologue regardait par-dessus la balustrade du balcon les fantômes et ouvreurs s’agiter.

-On dirait que dans la tour, la convergence des lignes telluriques attirent les conditions pour que des esprits et des démons viennent. C’est très intéressant.

Kamsis, qui semblait remise de sa nausée s’approcha, regarda un moment la masse des spectres qui hurlaient leur colère en bas.

-Ça ne me surprend pas vraiment, ça correspond à ce qu’on sait de la tour et à mes études récentes sur le phénomène. Elle fit une pause et frissonna malgré elle, puis repris, avec un sourire crispé « C’est qui déjà qui disait que les fantômes étaient amicaux, finalement ? »

Gradav se contenta de grommeler, fidèle à son habitude.

-Restons pas ici. Rien ne nous dit pas qu’il n’existe pas un passage pour monter sur le balcon, et j’ai pas la moindre envie de devoir les revoir en face !

Autour d’eux, le balcon aux fines colonnades en pierre noire et polie s’étendait sur une large surface. Partout, le mobilier, chaises, tables, teintures, rideaux, paraissaient d’excellente qualité et riches malgré l’usure du temps et la poussière.

En face d’eux s’ouvrait dans le mur une ouverture qui avait dû être majestueuse, quand Karazhan appartenait encore au monde des vivants. C’était un large portail de nouveau soutenu par d’épaisses colonnes en marbre noir poli, et avec des dalles décorées, quoi qu’usées.

L’entrée semblait par contre avoir subi des tirs de catapulte, ou de quelque chose dans ce goût là, au vu des gravats qui jonchaient le sol, de la voûte fortement abimée du passage.

Plus loin, dans une obscurité relative, s’élançait l’amorce d’un escalier fortement endommagé.

-Je crois que la suite est par ici, allons-y.

Et ils passèrent par l’entrée sombre, et commencèrent à monter l’escalier.

Dix minutes plus tard, deux spectres et un ouvreur squelettique virent les traces dans la poussière menant à l’escalier obscur, et sans même mettre un pied dans l’ouverture de l’escalier, ils répétèrent, comme une litanie «Le maître ne sera pas content, le maître ne sera pas content, le maître ne sera content...»

Mais sans jamais tenter de rentrer dans l’ouverture saccagée. Mais malgré le caractère figé de leurs visages spectraux, on pouvait lire la terreur.

 

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Humour, aventure, un monde à portée de tous et écrit avec précisions… que demander de plus ?
On rit, et on stresse en même temps, c’est perturbant !
J’ai une question : qui est le maître ?
Je veux la suite !

Edited by Holmes
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(Merci pour le soutien, ça me fait plaisir, hésitez pas à commenter, surtout ! )

 

 

Chapitre VIII : La fin des trois (partie I)


« Qu’est-ce qu’est réellement Karazhan ? La dernière demeure de Medivh, le plus grand mage de tous les temps ? Un portail vers d’autres réalités ? Une zone de malédiction qui voue à la mort tous ceux qui ont la prétention de vouloir percer ses secrets ? Sans doute un peu de tout ça.
Karazhan est comme un fuseau posé au travers de la réalité, au travers des réalités, dans le point de plus haute énergie tellurique d’Azeroth.
Karazhan a confusément sa propre conscience, et possède un pouvoir quasi-illimité, mais y accéder a un prix... »

 

Kamsis – Notes de recherche

 

Ils progressaient lentement dans un escalier en colimaçon fortement endommagé. A certains endroits, des portions importantes de l’escalier étaient tombées en bas. Des fissures importantes voire d’importantes brèches s’ouvraient  dans les murs extérieurs montrant la campagne environnante du défilé de Deuillevent, et laissant passer un vent glacial qui soufflait sur eux, s’enroulant autour de leurs chevilles et de leurs épaules.

Ils s’engagèrent sur une plateforme en bois montant vers un palier obscur plus haut dans la tour. Elle aussi semblait avoir été en partie détruite. Les trois mages la grimpèrent avec circonspection, mais malgré son aspect vermoulu et quelques grincements, elle tenait bon.

-Qu’est ce qui s’est passé par ici, d’après vous ? Fit Wravien en regardant autour de lui les lieux ravagés.

Gradav haussa les épaules en regardant aussi autour de lui.

-Pas la moindre idée, impossible de savoir de quand ça date. Peut-être de la mort de Medivh, qui sait ? Il était possédé par le titan noir en personne lorsque Lothar et son propre élève Khadgar l’ont tué. Avec la puissance de Sargeras, il aurait très bien pu détruire tout Azeroth !

-Qui on va trouver en haut de la tour, d’après vous ? Demanda Kamsis en montant avec précaution la passerelle en bois grinçante.

-Je crois que la question n’est pas « qui » mais plutôt « quoi » ! Répliqua sarcastiquement le démonologue.

Wravien hocha sèchement la tête

-Pas faux. On a déjà vu plus de choses cette nuit dans cette tour que bien des gens qui sont rentrés dans cette tour avant nous. Des spectres, des démons, et même des mort-vivants. Quoi qu’il y ait là-haut, il est probable que nous croisions encore bien des choses étranges. Il faudra être prêts !

-Rassurant !

Ils s’arrêtèrent un moment de parler, perdus dans leurs pensées, profitant de cette pause dans leur aventure. Pour un peu, ils auraient oublié qu’ils étaient dans l’endroit le plus maudit d’Azeroth. Confusément, ils se sentaient plus ou moins en sécurité dans cet escalier.
Peut-être était parce qu’ils avaient une vue directe sur le monde extérieur, qui, malgré l’aspect inquiétant du Défilé de Deuillevent sous la faible lueur de la lune, représentait leur monde.

Ils arrivèrent au palier, en partie encombré de meubles détruits et de débris de pierre, et inconsciemment, resserrèrent leur formation, et se remirent en position de combat.

-Bon, soyez sur vos gardes ! Fit Wravien, l’air décidé.

Ils entrèrent dans un hall finement dallé avec deux immenses statues de golem qui montaient la garde autours d’une porte.

Les statues devaient faire environ dix mètres de haut, et leurs yeux semblaient taillés dans des cristaux bleutés.


Ils allaient s’engager avec prudence sur le sol dallé en céramique sombre, quand la voix de Wravien claqua :

-N’avancez pas, surtout, c’est un piège !

Kamsis et Gradav reculèrent vivement et regardèrent Wravien qui fixait les golems avec insistance.

-A mon avis, c’est un système de sécurité, ces golems ne sont pas seulement là pour décorer. Ce dallage est possiblement quelque chose qui les active, quoi qu’ils fassent.

La capuche sombre de Gradav se pencha et s’agenouilla pour voir de plus près le dallage, en évitant soigneusement de ne pas s’en approcher à  moins de trente centimètres.

-Tu es sûr de toi ?

Le visage de Wravien exprimait de la tension, et il mit quelque secondes à réfléchir.

-J’en sais rien, je me trompe peut-être, mais je sais que ce genre de trucs existent. Le Kirin Tor utilise ce genre de choses pour garder la prison du Fort Pourpre.

-Attendez, on va tester ! Fit Kamsis en ramassant une pierre qu’elle lança sur le dallage sous les regards horrifiés de ses deux collègues qui virent la pierre faire une courbe en cloche et retomber avec un petit bruit sur le dallage.


La suite s’enchaîna extrêmement rapidement : La tête des deux statues tourna dans un bruit sourd d’engrenages, pour regarder dans l’exact direction où le caillou était tombé, et leurs yeux s’illuminèrent dans un bourdonnement sourd, et simultanément des rayons d’une sinistre lueur bleutée sombre en jaillirent, vaporisant le caillou d’un tir croisé avant qu’il ne termine de bouger sur le sol.

Dans l’air flottait maintenant comme l’odeur de la terre mouillée après un orage violent, et l’endroit où le caillou était tombé était chauffé à blanc, refroidissant rapidement sous leurs yeux, passant au rouge cerise, puis finalement reprendre une couleur normale. Ils pouvaient cependant encore sentir au travers de leurs vêtements la chaleur qui continuait à se dégager de la dalle.

Les mages regardaient figés la tête des golems reprendre leur position initiale, en ayant la désagréable impression qu’ils gardaient un œil sur eux, attendant qu’ils soient eux aussi sur le dallage pour les transformer en tas de cendre impure.

Gradav énonça froidement ce qu’ils pensaient tous :

-Heureusement que tu nous as prévenu avant qu’on pose le pied là-dessus, sinon on était dans le même état que ce caillou.

-Comment on va traverser ? Demanda Kamsis en cherchant des yeux une solution.

De l’autre côté du dallage, une autre porte les narguait, à une quinzaine de mètres d’eux de l’autre côté du dallage, inaccessible.

-Même si ça sera pas facile, je crois qu’on peut faire un transfert de groupe pour atteindre l’autre côté fit Wravien après réflexion.

Gradav leva de nouveau ses yeux rendus invisibles sous sa capuche vers le plafond, visiblement excédé.

-Et si je leur balance tout simplement une bonne main de Gul’Dan, à ces foutus tas de cailloux ?

Wravien, sans regarder Gradav secoua la tête catégoriquement.

-Si tu fais ça, il est fort possible que ça mette en excuse un système d’autodéfense. Même en dehors du dallage, tu aurais des risques de te faire tuer.

-Je n’arrive pas à comprendre pourquoi un tel système a été installé, repris après un silence Wravien, les sourcils froncés en inspectant des yeux la pièce piégée.

-Peut-être pour empêcher quelque chose d’entrer dans les hauteurs de la tour ?

-...ou d’en sortir ! Fit Gradav, retrouvant son sourire cynique.

Les trois mages étaient braves, mais au fond de chacun d’entre eux, ils savaient que la seconde proposition était quasi-certainement la bonne. Ça n’augurait rien de bon.

Au fond de leur esprit, une petite voix de leur conscience leur parlait du ton enjôleur du policier qui parle à un citoyen suicidaire à deux doigts de sauter du haut d’un pont pour l’en dissuader.
Après tout, en moins d’une journée, ils avaient failli être tués d’au moins quatre façons différentes, dont certaines qu’ils n’auraient pas crues possibles, comme celle de se faire étriper par des démons habillés en petite tenue ou carbonisés par une statue ! Et si...ils partaient de cette foutue tour, tout simplement ?

Sauter en chute lente de la tour dans une des brèches de l’escalier en colimaçon qu’ils avaient vu il y a peu, se téléporter à Dalaran, et faire un rapport dans lequel ils diraient qu’ils étaient allés au plus haut possible de la tour, mais qu’ils avaient « malheureusement » rencontré des difficultés qui leur avait fait rebrousser chemin.

Rentrer chez eux, boire un bon verre de quelque chose de fort, pour oublier les choses indescriptibles qu’ils avaient vu dans cette tour, et dormir.

Ça serait trop facile, et toute la vie qu’il leur resterait à vivre, ils seraient torturés par des pensées indociles comme « Et si j’étais allé plus loin... ? ».
Ils rêveraient la nuit de ce qu’ils auraient pu trouver derrière la porte suivante.

Et puis...d’un autre côté, les mages étaient aussi des chercheurs, et tout chercheur est, au fond, un joueur, misant tapis sur chaque hypothèse de recherche, avec la réalité comme adversaire.


Ils ignorèrent donc leurs voix intérieures, et d’un accord implicite, ils se placèrent en cercle, leurs volontés tendues à l’extrême vers un seul but : franchir l’espace entre eux et la porte sans toucher le sol, ou même passer par l’espace intermédiaire.

Ils marmonnèrent en se concentrant la formule, et le contour de leurs silhouettes devint flou, puis ils ne furent plus là, mais devant la porte suivante, de l’autre côté du dallage piégé.

Devant eux s’ouvrait un large couloir qui aurait pu laisser passer trois charrettes de front, chevaux compris. Le sol était dans le même type de céramique marron que ce qu’ils avaient vu précédemment, et d’épaisses colonnes montaient vers le plafond, tellement haut que dans certains secteurs il disparaissait dans l’obscurité, malgré la lumière des lourds lustres qui pendaient du plafond, éclairant faiblement le couloir.

De chaque côté du couloir, des statues d’animaux sauvages étaient finement ébauchées dans la même céramique brune que celle du sol. Pourtant ici elles ne semblaient pas résolument garder la galerie, plus de constituer une sorte de galerie d’art d’un goût assez douteux, à l’image d’étrangeté extrême dégagée par la tour.

Au vu de la lumière faible et les dimensions du couloir, ils ne parvenaient pas à percevoir nettement le bout du couloir, mais loin, plus loin, ils pouvaient voir indistinctement une lueur bleuté qui léchait les parois du couloir, éclairant timidement quelques mètres avant de renoncer face à l’obscurité du couloir.

Devant l’étrangeté du lieu, même selon les normes de Karazhan, les mages avaient laissé s’installer entre eux un silence respectueux, comme si ils étaient entrés dans un temple.

Dans la semi-obscurité, sans un bruit, Wravien vit Kamsis se préparer à incanter un sort pour probablement éclairer le couloir, mais la dissuada d’un geste.

-J’ignore où nous sommes rendus, mais je suis sûr que ce n’est pas une bonne idée, réellement.

Elle hocha la tête, la mâchoire serrée, signe de nervosité.

Gradav, quant à lui regardait le couloir d’un air détaché.

-On doit être dans la ménagerie. Plus loin là-bas, ce doit être la légendaire bibliothèque du gardien. Il garda le silence un moment, tant pour intégrer l’information lui-même que pour que les autres en fasse autant de leur côté.

Il se tourna vers eux, dans la pénombre :

-Vous vous rendez compte qu’on est quasi-certainement les premières créatures vivantes non-démoniaques à pénétrer dans ce lieu depuis trente ans, aussi loin dans la tour ? Quelle chance !

Un frottement indistinct rappelant le coulissement d’une porte bien huilée, associée à une lourde vibration du sol se fit entendre et sentir des mages, provenant du bout du couloir. Le même phénomène, bruit de coulissement/grincement et la vibration du sol se reproduit peu de temps après quelques secondes de battement, donnant l’impression même à quelqu’un d’absolument dépourvu d’imagination que quelque chose de lourd, avec un jeu de jambes démesuré, marchait vers lui.

Aucun des mages ne se permit de bouger, pétrifiés d’horreur. Wravien, hyper-tendu murmura seulement, avec un sourire mi-figue mi-raisin :

-De la chance. Oui, évidemment.

Dans la pénombre, Gardav et Wravien virent Kamsis qui s’était ressaisie, courir vers un pilier en tenant son chapeau pointu sur la tête pour éviter qu’il s’envole, et sauter à l’abri derrière un lourd pilier.

-On se planque, derrière ce pilier, vite !

Le reste du groupe se réveilla aussi et courut sans demander son reste derrière le pilier alors que les pas lourds se rapprochaient, les jetant presque à terre sous la vibration.

Cachés derrière leur pilier non loin de la porte qu’ils avaient franchie, les mages virent un assemblage arcanique d’une quinzaine de mètres de haut arpenter tranquillement le couloir, arriver à leur extrémité, et repartir dans un pas placide de brontosaure.

Une fois le choc passé et le gardien éloigné, les mages se consultèrent, affolés :

-Vous avez vu la taille de ce truc ? Fit Kamsis les yeux exorbités.

Gradav regarda Kamsis, sa capuche formant dans la pénombre un point plus noir que noir, et dit simplement d’une voix sèche :

-J’ai pas la moindre idée de savoir comme passer ce truc. A ce que je sais, ce genre de gardiens arcaniques sont résistants à la magie. Même en admettant qu’on trouve le bon sort, le temps de le lancer, il pourrait nous piétiner ! Autant attaquer une montagne ! On dirait...

-On dirait du matériel militaire du Kirin Tor, le coupa Wravien, l’air concentré.

-Quoi ?

-Lorsque le Fléau a attaqué Dalaran, j’étais en charge de la défense d’un quartier de la ville, et justement on s’appuyait sur ce genre d’unités de défense. Ils sont d’origine elfique, mais le Kirin Tor en a produit ses propres versions pour la défense de sites sensibles.

Gradav sembla s’impatienter :

-Et alors ? Accouche ! Tu connais un moyen de passer autrement qu’en étant aplatis sous les bottes de ce...truc ?

Kamsis grimaça dans l’obscurité en imaginant la scène.

-Dans ce genre de trucs, ils fonctionnent en suivant des ordres vocaux donnés par leur maître. Cela dit, il existe un moyen de les rendre inactifs un moment, pour le passage de troupes alliées dans le secteur gardé, par exemple. Il s’agit seulement de leur dire l'équivalent de « stop » en langue Thalassien, suivi du code unique de l’unité.

-Dit comme ça, ça à l’air relativement simple, mais ça n’est pas si simple, pas vrai ? Objecta Kamsis sans les regarder, guettant le retour de l’énorme veilleur arcanique de derrière la colonne où ils étaient cachés.

Wravien eut une grimace évocatrice, et finit par lâcher « Non, évidemment, car le code de l’unité est sur ce qui correspondrait chez nous à l’épaule gauche ! »

Gradav secoua la tête et dit lugubrement.

-Super. Rappelez-moi quand on sera sorti d’ici d’aller éviscérer le créateur de ces trucs !

Kamsis se tourna vers eux de son poste de guet improvisé.

-Soyons pragmatiques, voulez-vous ? Quelles sont les capacités offensives de ce genre d’unités ?

-Je suppose que leurs poings et pieds rentrent dans la catégorie « capacités offensives », n’est-ce pas, Wravien ? Ou alors peut-on s’attendre à des rayons magiques, des missiles gobelins ? Fit Gradav cyniquement, en ricanant.

-Ils sont infatigable, inusables, et effectivement la majeure partie de leurs capacités de combat repose sur le fait qu’ils sont extrêmement résistants aux dégâts magiques et qu’ils cognent fort.
Ils n’ont pas de technique à distance, mais ils n’en ont pas besoin ! Ils peuvent être paramétrés afin d’attaquer tout présence non-autorisée dans leur zone de patrouille, mais ne peuvent pas en sortir, et ils réagissent aussi si leur intégrité physique est menacée.

-Ah d’accord. Encourageant, tout ça ! Et que nous proposes-tu, M. le stratège ? Quelque chose comme le fait qu’on va attirer son attention pendant que tu tentes de regarder le code pour arrêter ce truc ? Le démonologue avait lancé sa tirade d’une traite, d’une voix mi-méprisante, mi-moqueuse.

-Au moins je propose quelque chose, pas comme un démoniste qui passe son temps à se plaindre ! Rétorqua Wravien.

Gradav et Wravien se jaugèrent en silence, face à face se confrontant du regard, leur tête séparées de seulement quelques décimètres, l’air chacun si vindicatifs, brûlant d’une colère retenue, qui était montée en flèche vers le ciel, comme une éruption volcanique.

Le silence fut troublé par les pas pachydermiques du gardien arcanique qui revenait du fond du couloir.

Kamsis se tourna vers les deux hommes et murmura :

-Il va falloir vous décider, et vite, sinon à force on risque de se faire détecter !

 

Sous son capuchon sombre, Gradav prit une profonde inspiration et quitta l’abri sécurisant de la colonne derrière laquelle il était caché pour se placer en plein milieu de la galerie, avant même que ses deux collègues aient pu esquisser le moindre geste.

-Ohé, machin ? Je crois qu’il y a un intrus dans ta zone !

Le golem se mis à avancer vers Gradav d’une lenteur trompeuse rappelant celles de la lave en fusion qui coule le long des pentes d’un volcan, faisant résonner dans la galerie une voix affable, quoique légèrement métallique

-Intrus détecté, protocole de défense activé.

Gradav dit précipitamment :

-Si tu peux faire quelque chose pour arrêter cette saloperie, fais-le, et vite !

Wravien sortit de son abri et immédiatement tenta de scruter les épaules du conservateur pendant que celui-ci était presque sur Gradav qui courrait, sa robe sombre flottant autour de lui pour éviter les coups qui ne manqueraient pas de tomber sur lui.

Kamsis lança une incantation qui transforma le sol d’une partie du couloir située entre le gardien mécanique et Gradav qui courrait pour sa vie en venant vers eux, l’écart entre les deux ne faisant que se réduire dangereusement.

Le gardien glissa, et tomba à terre lourdement derrière Gradav alors que Wravien continuait à le scruter, l’air tendu.

-Mais c’est pas vrai, celui qui a écrit ce numéro et ses runes devait être complètement bourré ! C’est quasi illisible !

Gradav s’était reculé contre un mur, voyant avec effroi le golem se remettre debout, petit à petit, malgré quelques glissades, ses bras tentant parfois de saisir et broyer le démonologue, qui jusqu’ici l’avait échappé de peu.

-WRAVIEN, C’EST MAINTENANT QU’ON A BESOIN DE CE FOUTU CODE, PAS DEMAIN ! cria-t-il d’une voix teinté d’accents de terreur pure.

A côté Kamsis tentait tous les sorts qu’elle connaissait contre le gardien, sans grands effets.

Wravien essuya une sueur froide qui lui coulait sur le visage, il avait vu le code, mais il n’était pas sûr tellement il était mal écrit et à demi effacé par le temps, et le gardien arcanique bougeait trop pour qu’il ne puisse ré-avoir le code.

Le gardien s’était finalement relevé, devant Gradav qui était recroquevillé contre le mur, l’air stoïque, résigné. Le gardien arcanique releva un poing plus gros qu’un quartier de roc et l’abaissa dans un chuintement de mécanisme à toute vitesse vers le sol sous le regard horrifié de Kamsis.

-« Aenil, Aenil Unité de défense 808 ! » Dit subitement Wravien, précipitamment, en criant presque, les échos rebondissant dans le couloir subitement devenu silencieux.

Sous les yeux des trois mages, le gardien s’était brutalement arrêté dans son mouvement, comme gelé.

-Redémarrage du système de défense dans 10 minutes, dit simplement le gardien arcanique d’une voix polie aux légers accents métalliques.

Gradav se releva comme si de rien n’était, le point monstrueux du golem toujours à moins d’un mètre de son crâne. Cela dit, tout son corps était toujours parcouru de tremblements incoercibles, et ses jambes raidies tremblaient toujours.

Kamsis avança vers lui et lui demanda d’une voix blanche :

-Ca va Gradav ?

Le démonologue se tourna vers elle, toujours le haut du visage caché par sa sempiternelle capuche.

-Je...oui

Un tic transcrivant une terreur extrême agitait toujours le coin de sa bouche, et si ils avaient vu son regard caché par la capuche, les deux mages y aurait vu le regard d’un homme qui vu sa propre mort arriver en images haute définition et en son stéréo criant de vérité.

Wravien posa sur lui un regard impressionné, mélange d’admiration et de déférence.

-Alors là...bravo, je n’ai jamais vu quelqu’un faire ça ! Il posa une main amicale sur l’épaule anguleuse du sorcier, et le regretta aussitôt, ses épaules étaient tellement tendues par le stress qu’elles paraissaient aussi agréable à tapoter que du granit du Loch Modan.

Gradav se souviendrait toute sa vie du point monstrueux qui était prêt à l’écraser comme un insecte, sans la moindre humanité.


Pour reprendre un semblant de normalité, il racla la gorge et désigna l’extrémité inexplorée du couloir devant eux.

-Bon, c’est pas tout ça, mais faut qu’on avance, hein ! J’ai pas envie d’être là quand cette saloperie se remettra en marche, vous non plus, pas vrai ?

Kamsis et Wravien se regardèrent et hochèrent la tête. Avec toute cette épreuve, ils avaient oublié que l’endroit où ils combattaient le golem était un couloir.

-Redémarrage du système de défense dans 5 minutes. Fit le gardien d’une voix douce, ce qui acheva de convaincre les mages qu’il fallait bouger.

Alors qu’ils avançaient, Gradav se fit la remarque, dans l’intimité de son crâne qu’il avait oublié d’être cynique et sarcastique, sous le coup de la terreur. Il se promit de corriger le tir dans le reste de la mission qui les attendait.

La tour avait une propension assez inquiétante à dévoiler les parts cachée de gens, de les exposer au grand jour et de s’en gausser. Assez inquiétant pour qui cache enrobé sous une couche de sarcasme et de cynisme plus de quarante ans d’erreurs et de culpabilité avec un amour propre en miette.

S’il ne voulait pas s’effondrer comme une chiffe molle en pleurant avant la fin de la mission, il avait intérêt à se détendre...pour autant que ce soit possible dans un lieu maudit !

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